L’identité du père grand-père révélée

Elle n’avait que 8 ans. Son père lui a montré «comment être une femme».

Nathalie Lesage, l’une des trois victimes alléguées du père grand-père de Val-des-Monts, est sortie de sa grande noirceur, jeudi. 

En demandant au juge de faire annuler l’ordonnance de non-publication qui protégeait son identité et celle de ses deux soeurs, elle permettait aux médias de publier le nom et la photo de son père, Jacques Roger Lesage, qui l’aurait violée pour la première fois lorsqu’elle n’était encore qu’une enfant.

L’homme subit son procès au palais de justice de Gatineau, cette semaine.

«On avait une piscine creusée, commence Nathalie. Il venait se baigner avec nous. J’avais 5 ans. Il nous faisait rire, mais dans le fond, il me tripotait. Aujourd’hui, tu te rends compte que c’était des attouchements. Il me faisait des compliments, et me disait que j’étais la plus belle.»

Puis, les mains baladeuses sont allées plus loin, entre les cuisses, puis sur les parties génitales.

Trois ans plus tard, le père aurait amené sa fille dans un boisé de Chelsea, près du lac Meech. 

«Il a baissé son pantalon, son caleçon, m’a demandé de flatter son pénis, et m’a embrassé sur la bouche. Je tournais la tête, je ne voulais pas», décrit la femme, avec assurance et aplomb. Son père l’a forcée à lui faire une fellation. «J’ai pleuré. Après, il me flattait le bras en disant que j’étais une championne.»

La même année, au même endroit, la fille a été forcée d’avoir une relation sexuelle complète.

Ensuite, le père amenait sa fille au Motel Châteauguay du secteur Hull. «Il a préparait de la vodka-jus d’orange avec du jus d’orange de chez Perrette, pour que je me détende. Je ne voulais pas…»

Son père l’a pénétré avec force, raconté Nathalie Lesage. «J’ai crié… En fait, je ne sais pas s’il mettait sa main sur ma bouche ou si j’étais juste incapable de crier… Il n’y a rien qui sortait…»

Au terme de ce cauchemar, le père a encore une fois félicité sa fille, «Il m’a dit que j’étais rendue une femme. Que les femmes, c’était fait pour donner du plaisir à l’homme.»

Les agressions sexuelles se sont multipliées, souvent au motel, selon «le même genre de rituel», dit-elle. 

Dans son plan, le père, comme dans les agressions alléguées des autres filles, allait la chercher à l’école, selon les victimes.

«T’embarques (dans l’auto), tu ne te poses pas de question, t’es une enfant (…) C’était des viols. Des viols à chaque fois.»

Elle craignait son père, qui avait beaucoup d’amis, dont des policiers. «Il me disait que personne ne me croirait. C’était un homme tellement influent, dans ma tête.»

Vers 16 ans, la jeune fille a menacé son père de «le tirer» s’il la touchait encore. Les agressions ont cessé, mais sa sordide histoire a été gardée secrète pendant des années.

Aujourd’hui mariée et mère de quatre enfants, Nathalie Lesage est fière de ne pas faire subir son enfer, à son tour, à de jeunes victimes. C’est là sa plus grande fierté, avec celle d’avoir brisé un lourd silence insoutenable.

La Couronne a clos sa preuve, jeudi après-midi.

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