Afrique-Chine : le président Xi Jinping promet 60 milliards de dollars


À l’occasion de l’ouverture du Forum sur la coopération Chine-Afrique (FCSA, FOCAC en anglais) qui se déroule à Johannesburg jusqu’à samedi, l’empire du Milieu a voulu frapper fort. « La Chine a décidé de donner un total de 60 milliards de dollars d’aide financière, incluant 5 milliards de prêts à taux zéro et 35 milliards de prêts à taux préférentiels », a annoncé le président Xi. Il s’agit là de la confirmation de la volonté de la Chine de renforcer son aide aux pays africains, en particulier ceux d’Afrique subsaharienne, confrontés à de grandes difficultés à la fois en matière de santé, mais aussi sur le chemin de la lutte pour la réduction de la pauvreté et une meilleure stabilité sociale. Concrètement, les 60 milliards de dollars sont destinés à financer dix programmes de coopération sur trois ans dans les domaines notamment de l’agriculture, de l’industrialisation, de la réduction de la pauvreté, de la santé, de la culture, de la sécurité, de la protection de la nature, ou encore du développement vert. « La Chine est très attentive aux mauvaises récoltes dans plusieurs pays africains, dues aux effets d’El Niño. Elle fournira aux pays touchés des aides alimentaires d’urgence d’une valeur de 1 milliard de yuans (143 millions d’euros) », a déclaré le président chinois, cité par l’AFP, devant plus d’une vingtaine de dirigeants africains réunis à Johannesburg. Sous les applaudissements, M. Xi a également ajouté que la Chine allait effacer les « dettes gouvernementales sans intérêt, échues fin 2015 » des pays africains les moins avancés.

L’apport chinois se veut global 

Ports, stades, chemins de fer et centres de conférence construits par la Chine ont permis de renforcer tant soit peu les infrastructures dans nombre de pays du continent. Par ailleurs, il y a une certaine implication dans les domaines de l’éducation et de la formation qui constituent « une base fondamentale pour le développement durable et la transformation structurelle de l’Afrique ». C’est d’ailleurs tout le sens de l’aide de la coopération chinoise dans la construction d’écoles, la fourniture de bourses d’études, la création d’instituts Confucius, la formation de techniciens et l’envoi d’experts et de bénévoles vers le continent africain. Selon l’agence Xinhua, « à cette date, la Chine a créé plus de 40 instituts Confucius en Afrique et, en 2013, elle a décidé de mettre en œuvre son programme Talents africains, consistant à former 30 000 personnes dans différents secteurs et à fournir 18 000 bourses aux étudiants africains ».

Transfert de technologie, humanitaire, santé…

Sur un autre plan, Pékin promet d’intensifier le transfert et l’adaptation locale de technologies avancées en faveur des pays africains et d’aider les pays du continent à renforcer leur capacité de développement indépendant. Déjà en 2009, la Chine avait annoncé la mise en place de 20 centres agricoles de démonstration technique en Afrique, l’envoi de 50 équipes techniques agricoles, la formation de 2 000 agronomes africains. Dans le cadre d’un programme de « partenariat industriel », le président chinois a annoncé, ce 4 décembre à Johannesburg, la formation en Afrique de 200 000 techniciens et en Chine de 40 000 Africains. Autant de chantiers qui continuent aujourd’hui et que la nouvelle initiative chinoise entend renforcer. Autre domaine d’implication : la santé. Depuis l’épidémie d’Ebola l’an dernier, la Chine a livré plus de 117 millions de dollars d’aide humanitaire et envoyé des centaines de travailleurs médicaux sur la ligne de front en Afrique de l’Ouest frappée par l’épidémie.

Le président chinois Xi Jinping lors de son allocution à l’ouverture du Forum Chine-Afrique de Coopération de Johannesburg le 4 décembre 2015.
© Xinhua/Huang Jingwen

Implication dans les opérations de maintien de paix

Sur les fronts militaires et de maintien de paix, la Chine a déjà activement participé à des missions de maintien de paix dans des pays africains. Devant l’Assemblée générale de l’ONU en septembre, M. Xi a ainsi annoncé que son pays allait fournir 100 millions de dollars à l’Union africaine afin qu’elle puisse notamment créer une force de réserve permanente destinée à répondre aux situations d’urgence sur le continent. À Johannesburg, dans le cadre d’un « programme de paix et de sécurité », le président chinois a annoncé « une aide sans contrepartie à l’Union africaine de 60 millions de dollars pour appuyer la construction et les opérations de la Force permanente africaine et de la capacité africaine de réaction rapide aux crises ». L’objectif de cette force africaine en attente est de diviser les forces du continent en cinq grandes régions qui assureraient à tour de rôle la sécurité des pays africains grâce à 25 000 hommes. M. Xi confirme donc l’engagement chinois à prendre « une part active aux opérations onusiennes de maintien de la paix en Afrique ».

S’inscrire dans une orbite résolument novatrice

Pour le ministre chinois des Affaires étrangères, Wang Yi, la coopération sino-africaine est entrée dans une ère nouvelle. « Les deux parties doivent combiner les avantages de la Chine, qui jouit d’une expérience en matière de développement et de production, avec ceux de l’Afrique, riche en ressources naturelles et humaines », explique-t-il. Une approche qui confirme la vision du président Xi Jinping au profit de « relations internationales d’un nouveau type ». L’idée sous-jacente est de faire suivre à la Chine une autre voie de coopération économique et autre. Il ne s’agit rien moins que de distinguer sa coopération de celle des pays occidentaux. « Bien que la Chine fournisse une aide importante aux pays africains, elle ne se présente jamais comme leur patron et soutient fermement la résolution des problèmes africains par les Africains, selon leurs modalités », assure Wang Yi, chef de la diplomatie. « La Chine va aider l’Afrique à atteindre l’auto-développement et à créer un environnement pacifique et stable pour obtenir des progrès sur le long terme. Elle ne fixe pas de conditions politiques à son assistance ni ne s’immiscera dans les affaires intérieures des pays africains », a promis M. Wang.

Faisceau de convergences de vues 

Cité par l’agence Xinhua, le professeur Peter Kagwanja, président de l’Institut de politique de l’Afrique, un groupe de réflexion panafricain basé à Nairobi (Kenya), estime que « le gouvernement chinois exerce son influence en Afrique en promouvant le développement et les échanges humains ». Pour M. Kagwanja, « il existe un consensus entre la Chine et ses amis africains selon lequel la coopération mutuellement bénéfique et la non-ingérence dans les affaires souveraines d’un pays seront des principes toujours respectés ». « L’idée d’une paix axée sur le développement se manifeste dans la participation croissante de la Chine au maintien de la paix, à la résolution des conflits et à l’intervention humanitaire en Afrique », juge le Pr Kagwanja. Pour Liu Hongwu, directeur de l’Institut chinois de recherche sur l’Afrique (IRA), ce « concept africain » unique fait avancer non seulement la coopération entre la Chine et l’Afrique, mais établit un modèle pour le reste du monde en matière de relations avec l’Afrique.

Alors que la Conférence internationale des Nations unies sur le climat se déroule à Paris autour de négociations ardues, la Chine a promis à Johannesburg que « la coopération sino-africaine ne se ferait jamais au détriment des écosystèmes et des intérêts à long terme de l’Afrique ». Pékin s’est en effet engagé à « mettre en oeuvre 100 projets d’énergie propre, de protection de la faune et de la flore ou encore de développement agricole respectueux de l’environnement ».

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