Un prêtre a été tué mardi et une personne grièvement blessée lors d’une prise d’otages dans une église à Saint-Étienne-du-Rouvray, dans le nord-ouest de la France, une attaque qui accroît encore la tension dans un pays récemment ciblé par une série d’attentats jihadistes.
Le président François Hollande a décidé de se rendre immédiatement sur place. «La France entière et tous les catholiques sont meurtris», «nous ferons bloc» face à cette «attaque barbare», a tweeté le premier ministre Manuel Valls.
Selon le ministère de l’Intérieur, trois otages ont pu être libérés et sont sortis sains et saufs de cette église dans la banlieue Rouen.
Le prêtre a été tué et un ex-otage se trouvait mardi entre la vie et la mort. Les deux preneurs d’otages ont été abattus par la police, selon le ministère de l’Intérieur. Le parquet antiterroriste a été saisi.
Le groupe État islamique (EI) a affirmé que l’attaque menée dans une église en France, au cours de laquelle un prêtre a été égorgé, avait été exécutée par deux de ses «soldats», selon l’agence Amaq, un organe de propagande du groupe jihadiste.
Les auteurs de l’attaque «répondaient aux appels à prendre pour cible les pays de la coalition» internationale qui combat l’EI en Irak et en Syrie, d’après Amaq.
Cette prise d’otages dans un édifice religieux est survenue près de deux semaines après l’attentat à Nice du 14 juillet, revendiqué par le groupe État islamique (EI), qui a fait 84 morts et plus de 350 blessés.
Elle survient aussi le jour de l’ouverture à Cracovie (Pologne) des Journées mondiales de la jeunesse, grand rassemblement catholique auquel doit participer le pape François.
«Il ne faut pas céder à la terreur», «il faut continuer à vivre», a commenté depuis Cracovie un évêque français, Michel Dubost, interrogé par la chaîne de télévision BFMTV.
L’EI cible régulièrement dans sa propagande et ses communiqués de revendication les dirigeants «croisés» occidentaux et «le royaume de la Croix», expression semblant désigner l’Europe.
La menace d’une attaque contre un lieu de culte chrétien planait depuis plus d’un an en France, notamment depuis l’échec d’un projet d’attentat en avril 2015 contre une église catholique de Villejuif, en banlieue parisienne.
Un étudiant algérien de 24 ans, Sid Ahmed Ghlam, est soupçonné d’avoir voulu prendre pour cible cette église, et peut-être d’autres lieux de culte catholiques en région parisienne. L’homme avait été arrêté avant qu’il ne puisse mettre son projet à exécution.
Après le projet d’attaque à Villejuif, le gouvernement avait annoncé une «adaptation» du dispositif de lutte antiterroriste concernant les lieux de culte catholiques.
Mais si les quelque 700 écoles et synagogues juives et plus de 1000 des 2500 mosquées sont protégées dans le cadre de l’opération militaire Sentinelle, il paraît illusoire d’appliquer un même niveau de sécurité à la totalité des 45 000 églises catholiques, auxquelles s’ajoutent 4000 temples protestants, dont 2600 évangéliques, et 150 lieux de culte orthodoxes.
Frappée trois fois en dix-huit mois par des attentats sans précédent (17 morts en janvier 2015, 130 morts le 13 novembre, 84 morts le 14 juillet), la France vit dans la crainte de nouvelles attaques risquant de fracturer davantage la société.
Depuis l’attentat de Nice (sud-est), le gouvernement socialiste a été accusé par la droite et l’extrême droite de n’avoir pas assez pris en compte le niveau de la menace terroriste.
Dans l’opinion, la colère a aussi pris le pas sur le sentiment d’unité nationale qui avait prévalu lors des deux premières attaques de masse de 2015.
Depuis plus d’un an, plusieurs projets d’attentat de masse ont été déjoués mais des attaques ciblées, telles le double meurtre de policiers à leur domicile près de Paris en juin, ont profondément choqué la France.
Le premier ministre Manuel Valls a prévenu le 19 juillet que la France devait s’attendre à «d’autres attentats et de nouveaux innocents tués», donnant du grain à moudre à ses détracteurs qui l’accusent de «fatalisme».
Depuis les carnages jihadistes de 2015, les autorités ont prolongé plusieurs fois l’état d’urgence, un régime d’exception permettant notamment des assignations à résidence, entré en vigueur dans la foulée des attentats de Paris en novembre 2015.
Ce régime court jusqu’en janvier.
Le groupe État islamique, qui perd du terrain en Irak et en Syrie où il a proclamé un califat en 2014, a menacé régulièrement la France de représailles pour sa participation à la coalition militaire internationale dans ces deux pays.
L’EI a appelé en outre à frapper les «mécréants» partout où cela est possible et le groupe cherche à s’exporter en Europe grâce aux jihadistes qui reviennent de Syrie avec pour mandat de mener des opérations sur le sol européen. Mais des attaques ont aussi été perpétrées par des hommes radicalisés ne s’étant jamais rendus en Syrie, comme l’auteur de la tuerie de Nice.