L’émissaire de l’ONU pour la Syrie, Staffan de Mistura, après sa rencontre avec la délégation du HCN, dimanche, à Genève.
Photo : GI/FABRICE COFFRINI
À Genève, l’émissaire des Nations unies pour la Syrie, Staffan de Mistura, tentera une nouvelle fois lundi de mettre formellement sur les rails les pourparlers destinés à trouver une issue à la guerre civile qui a fait plus de 260 000 morts et des millions de réfugiés depuis cinq ans.
M. de Mistura et l’opposition syrienne, représentée par le Haut comité des négociations (HCN), se rencontreront à 11h (HNE) lundi. L’émissaire de l’ONU doit ensuite discuter avec la délégation du régime syrien, dirigée par l’ambassadeur de la Syrie à l’ONU, Bachar Al-Jaafari.
La délégation du HCN, arrivée samedi soir à Genève, après une longue valse-hésitation, a rencontré M. de Mistura une première fois dimanche. Il s’agissait officiellement d’une « visite de courtoisie », et non d’une première séance de négociations, a-t-elle précisé.
Le HCN continue d’exiger que diverses mesures d’ordre humanitaire soient mises en œuvre avant de discuter en bonne et due forme avec le régime de Bachar Al-Assad. Ces discussions, prévues pour durer six mois, sont indirectes, M. de Mistura faisant la navette entre les deux délégations.
« Nous sommes venus à Genève pour obtenir du répit pour notre peuple en nous appuyant sur la mise en oeuvre de la résolution 2254 du Conseil de sécurité de l’ONU, ce qui signifie une aide humanitaire, la levée du siège (de villes) et la fin des attaques contre des civils », a expliqué lundi le porte-parole du HCN, Salim Al-Mouslat.
Le porte-parole du HCN, Salim Al-Mouslat, a rencontré la presse dimanche.
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« Nous intensifions nos efforts pour faire en sorte qu’une initiative soit prise afin de mettre un terme aux souffrances en Syrie », a-t-il poursuivi.
Staffan de Mistura a rencontré la délégation du régime pour une première fois vendredi. Cette rencontre a été décrite comme une « réunion préparatoire », et l’émissaire de l’ONU espère mettre en branle ce même processus avec la délégation du HCN.
Pas d’amnistie pour les crimes de guerre et les crimes contre l’humanité
Les pourparlers de Genève s’inscrivent dans le cadre de la résolution 2254 adoptée par le Conseil de sécurité de l’ONU le 18 décembre, dans la foulée d’un accord conclu à Vienne fin octobre, sous le parrainage des États-Unis et de l’Arabie saoudite, qui appuient l’opposition, mais aussi de la Russie et de l’Iran, qui soutiennent le régime.
La résolution de l’ONU prévoit un cessez-le-feu, la mise en place « d’une gouvernance crédible, inclusive et non sectaire » d’ici 6 mois, la rédaction d’une nouvelle Constitution et des élections « libres et régulières », sous supervision de l’ONU, d’ici 18 mois.
S’entendre sur un gouvernement « inclusif » représentera un premier défi : les opposants veulent qu’il obtienne les pleins pouvoirs au détriment de Bachar Al-Assad, mais le régime refuse que le sort du président soit tranché avant les élections qui doivent avoir lieu un an plus tard.
Le haut-commissaire aux droits de l’homme de l’ONU, Zeid Ra’ad-Al Hussein, a pour sa part prévenu qu’aucune amnistie ne doit être envisagée pour les crimes contre l’humanité ou les crimes de guerre commis en Syrie dans le cadre des pourparlers engagés à Genève.
« Nous avons une position de principe aux Nations unies, qui est qu’aucune amnistie ne doit être accordée à ceux soupçonnés de crimes contre l’humanité ou crimes de guerre », a-t-il déclaré lors d’une conférence de presse tenue lundi à Genève. « Nous espérons qu’au cours des négociations, les médiateurs insisteront bien évidemment sur ce point auprès des parties au conflit. »
M. Al Hussein a par ailleurs exprimé l’espoir qu’après « 5 ans de ce spectacle macabre […] d’exécutions publiques », les négociations « vont mettre un terme à ces abus horribles des droits de l’homme, aux violations de la loi humanitaire internationale ».
Des légitimités contestées
Au-delà des demandes formulées jeudi par HCN, les pourparlers de paix sont menacés par la discorde entourant la légitimité des opposants qui peuvent participer aux discussions.
La délégation du régime syrien à Damas est dirigée par l’ambassadeur du pays à l’ONU, Bachar Al-Jaafari.
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La Russie conteste la présence au sein du HCN des organisations Ahrar Al-Sham et Jaish Al-Islam, qu’elle considère comme des organisations « terroristes ».
L’aviation russe a d’ailleur détruit une réserve de produits pétroliers appartenant à Jaish Al-Islam, dans la province de Damas, annoncent les agences de presse russes lundi, en citant le ministre de la Défense, Igor Konashekov.
Le groupe Ahrar Al-Sham ne prend pas directement part aux pourparlers de Genève, de crainte que ses combattants ne contestent cette décision et se joignent au Front Al-Nosra, opposé à ces négociations. Elle appuie tout de même le principal négociateur du HCN, Mohamed Allouche, qui est le leader de Jaish Al-Islam.
Moscou a demandé à ce que d’autres opposants soient présents, dont Haytham Manna, coprésident du Conseil démocratique syrien, qui regroupe d’autres opposants kurdes et arabes, Qadri Jamil, un ancien vice-président syrien passé à l’opposition, et Saleh Muslim, du Parti de l’union démocratique (PYD), principal parti kurde.
La Turquie, principal soutien du HCN avec l’Arabie saoudite, ne veut cependant rien savoir du PYD, considéré comme une émanation du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), son ennemi juré. MM. Manna et Jamil ont toutefois reçu une invitation à titre individuel pour participer aux pourparlers de Genève. M. Manna était présent à Genève vendredi.
