Les trumpettes de l’Apocalypse

À chaque fois que j’aperçois la tronche couleur Youpi de Donald Trump, je tressaille, et ce n’est pas d’espérance, croyez-moi. Me revient, tel un coup de fouet, la réalisation qu’il sera président de la plus grande puissance nucléaire au monde dans une semaine.

C’est comme regarder un gigantesque carambolage au ralenti. Impossible de passer tranquillement son chemin.

Si cela ne vous fait pas trembler un tout petit peu, il faudrait peut-être consulter. Ou se désabonner de Fox News. Bien que…

Des alliés lui tournent le dos

En entrevue cette semaine, Chris Wallace, chef d’antenne de Fox News, a reproché à Donald Trump de se moquer des services de renseignements américains et de défendre le sulfureux Julian Assange de Wikileaks, un ennemi juré des États-Unis.

Charles Krauthammer, un des plus influents analystes politiques américains, de tendance néo-conservateur, gagnant du prix Pulitzer et collaborateur à Fox News depuis une décennie, peine à se contenir face aux inepties de Trump, notamment son manque de discipline. ‘Au cours d’une semaine chargée d’audiences de confirmation des membres de son cabinet et d’allégations de piratage par les Russes, que faisait-il en réunion avec Robert Kennedy Jr, un anti-vaxxer notoire, qu’il va nommer à la tête d’une commission pour enquêter sur les liens entre les vaccins et l’autisme ?’

Commission qui existe depuis 50 ans aux États-Unis.

Caucus ambivalent

La majorité des secrétaires d’État choisis par Trump ont subi de longs interrogatoires de confirmation cette semaine. C’est ainsi que les Américains ont découvert qu’ils sont loin d’être toujours d’accord avec le président élu, notamment le réchauffement climatique, l’OTAN, la Russie, le rôle de l’État, la discrimination positive, les services de renseignement américains, la torture et même le mur à la frontière du Mexique.

John F. Kelly, un  général à la retraite choisi par Donald Trump comme secrétaire à la sécurité intérieure, croit qu’un mur à la frontière du Mexique ne serait d’aucune utilité pour empêcher l’immigration illégale. Il s’oppose aussi à la création de registres d’Américains selon leur religion ou ethnicité.  

Trump se cachera-t-il derrière son caucus pour faire marche arrière sur ses promesses les plus extravagantes ? Comme il placé six ex-cadres de Goldman Sachs dans son entourage politique, après avoir dénigré Wall Street et les banques d’affaires.

Qui sait ? Et c’est là le principal problème de Donald Trump : il représente la confusion, l’instabilité, le mensonge et le flou artistique. L’ennemi du bien en politique.

Brève lune de miel

Un sondage du respecté institut de sondages de l’université Quinnipiac du Connecticut publié fin novembre révélait que seulement 44% des Américains étaient favorables à Donald Trump. Au début de janvier, ce pourcentage avait chuté à 37%.

Du jamais vu en période de transition.

De plus, seulement 39% le croient honnête.

Plusieurs autres sondages sérieux vont dans le même sens. On sent la grogne, même chez les Républicains, dont plusieurs se sont jurés de bloquer la nomination de l’ex PDG d’Exxon Mobil au poste de secrétaire d’État.

Le seul qui a le pas

Parce qu’il a gagné les élections ‘my way’ (le Canadien Paul Anka, l’auteur de My Way, popularisée par Frank Sinatra, aurait décliné l’invitation de chanter à l’inauguration), sans pourtant remporter le vote populaire, il se croit infaillible, un autre trait de caractère inquiétant pour un homme qui s’apprête à diriger la première puissance mondiale.  

Lors d’une conférence de presse hallucinante cette semaine, il s’est décrit avec sérieux, comme le plus grand créateur d’emplois jamais créé par Dieu.

Mépris des médias

Son mépris des médias critiques de sa personne lui sort par les pores de la peau.Il affiche une attitude belliqueuse avec les journalistes qui ne se prosternent pas devant lui.

Le président de la Turquie, Recep Tayipp Erdogan, pays où sont emprisonnés le tiers de tous les journalistes incarcérés dans le monde, l’a félicité à la télévision turque pour avoir remis le correspondant sénior de CNN ‘à sa place’.

Il y a dans son entourage des gens qui croient que le premier amendement sur la liberté d’expression ne s’applique pas aux médias. Son ex-chef de campagne, Corey Lewandowski, a déclaré lors d’une conférence post-élections à Harvard que son ex-patron aurait souhaité pouvoir mettre en prison le directeur de l’information du New York Times, Dean Bacquet, pour avoir publié en octobre 2016 des rapports d’impôts du milliardaire remontant au début des années 90. Rapports explosifs qui indiquent que Trump a évité de payer des dizaines de millions en dollars en impôts personnels grâce à une entourloupette déclarée illégale par le Congrès depuis.

Les pro-Trump d’ici

Je ne suis pas Américaine. Je ne suis ni pro-Trump, ni anti-Trump. Mais il me fait peur. Je ne dois pas être la seule !

Trump a ses défenseurs au Québec. Impossible d’émettre la moindre réserve à son sujet sans subir leurs attaques frontales. Ils rejettent toute critique, même constructive,  même soft. À les entendre, tout ce qu’il fait, tout ce qu’il dit, est justifié. C’est à cause d’Obama, d’Hillary, des ‘merdias’, des gauchistes. Pour ces gens, il n’y a pas d’opposition, il n’y a que des traîtres à la nation. 

Tout ce qu’il y a dans les médias traditionnels pue (Buzzfeed qui a sorti le rapport sur les pratiques sexuelles de Trump à Moscou n’est pas un média traditionnel).

Plusieurs pensent même que la démocratie et la liberté d’expression sont des concepts dépassés. Que seule la méthode dure peut solutionner les problèmes de l’humanité.

C’est ce que croyaient les Lénine, Hitler, Staline, Mao, Pol Pot et tous les dictateurs qui appauvrissent et étouffent jour après jour l’Afrique, le Moyen-Orient, l’Amérique latine et l’Asie du sud-ouest.

Je pense notamment à Roberto Duterte, le président des Philippines, un grossier personnage qui est persuadé que la meilleure façon de régler le problème de la drogue est d’abattre les consommateurs et les revendeurs dans la rue, sans autre forme de procès. Il s’est même vanté d’avoir lui-même appuyé la gâchette lors d’excursions nocturnes à moto.

Certains de mes concitoyens rêvent d’un système à la chinoise où la dictature sert tout d’abord un capitalisme amoral, d’un nationalisme agressif à la russe, d’un système de justice expéditif et d’un Rambo Gauthier à Québec.

Où allons-nous ?

Tyrannie d’une fausse majorité en sol américain, nationalisme exacerbé en Europe sur fond de tensions internationales : le changement légitime souhaité par les Américains pourrait déboucher sur une instabilité digne des pires moments de l’histoire du XXe siècle.

Le Canada risque gros. J’entendais hier le ministre des Finances Bill (et non Peter, milles excuses) Morneau expliquer aux Canadiens qu’il ne faut pas s’inquiéter pour l’Accord de libre-échange. Que le Canada va rencontrer le nouveau président et lui expliquer tranquillement que ce ne serait pas une bonne idée de l’abolir.’ Comme si Trump allait porter la moindre attention à Peter Morneau.

Sommes-nous à ce point naïfs ?

La présidence de Donald Trump sera la présidence de tous les dangers. Le nier est irresponsable et stupide.

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