Paris | Six jours après l’attentat de Nice, l’Assemblée nationale a donné son feu vert à la prolongation de l’état d’urgence pour six mois en France, dans un climat politique envenimé par les accusations de laxisme adressée au gouvernement par l’opposition.
Comme le réclamait une partie de la droite, les députés ont porté dans la nuit de mardi à mercredi la prolongation de l’état d’urgence à six mois, jusqu’à fin janvier 2017, ce à quoi le président François Hollande s’était dit ouvert.
Après avoir adopté l’article spécifique du projet de loi prolongeant l’état d’urgence de six mois, les députés ont adopté en fin de nuit l’ensemble du projet, qui comporte des mesures comme le rétablissement des perquisitions administratives, suspendues en mai, et prévoit la saisie et l’exploitation des données informatiques et des téléphones portables.
Le gouvernement avait prévu à l’origine une durée de trois mois pour cette prolongation, présentée comme une «réponse puissante» au terrorisme par le Premier ministre Manuel Valls.
Le régime d’état d’urgence est en vigueur depuis les attaques jihadistes du 13 novembre 2015 à Paris.
Intervenant mardi soir devant les députés, le Premier ministre socialiste Manuel Valls a averti que la France devait s’attendre à d’«autres attentats» et d«”autres innocents tués».
«Nous devons, non pas nous habituer – jamais – mais apprendre à vivre avec cette menace. A vivre avec elle et à la combattre», a-t-il dit.
«Les terroristes veulent nous diviser, nous séparer, nous monter les uns contre les autres», a déclaré mardi M. Hollande pendant une visite au Portugal. «Il y a un devoir qui m’anime: que nous soyons unis, rassemblés, capables de réagir comme il convient avec la force nécessaire», a-t-il ajouté.
Le débat mardi soir devant les députés (comme celui qui doit se dérouler mercredi devant les sénateurs) était électrique, tant l’opposition de droite ne cesse depuis le carnage du 14 juillet à Nice de critiquer l’exécutif socialiste.
Elle a réclamé lundi soir une commission d’enquête parlementaire sur la tragédie niçoise.
Refus d’une législation d’exception
Le parti Les Républicains de l’ex-président Nicolas Sarkozy était favorable à la prolongation de l’état d’urgence mais avait posé ses conditions: au moins six mois de plus et un durcissement des mesures coercitives prévues dans ce cadre.
Le projet de loi prévoit de rétablir la possibilité de perquisitions administratives à toute heure du jour ou de la nuit sans l’aval d’un juge, ainsi que celle d’exploiter les données des ordinateurs et téléphones saisis.
L’affrontement pourrait se focaliser sur les exigences de la droite d’un arsenal encore plus répressif, avec notamment des centres de rétention à titre préventif pour les personnes soupçonnées de radicalisation islamiste.
Le Sénat, à majorité de droite et où le débat aura lieu mercredi, jouera les prolongations s’il adopte un texte différent de celui de l’Assemblée.
M. Valls a rejeté mardi toute idée d’instaurer une «législation d’exception», plaidant pour que la France reste un Etat de droit.
L’attentat de Nice, la troisième tuerie de masse en France depuis janvier 2015, a provoqué des tensions politiques, à neuf mois de la prochaine élection présidentielle, l’opposition de droite et l’extrême droite accusant le pouvoir socialiste de ne pas faire assez contre le terrorisme.